La
vie comme œuvre d'art
21.05.2008
23:27
Quand
apprendrons nous à chanter, à danser et à
gravir les cimes de la nature, de l'art et de la vie ?
La vie est une construction permanente, un travail de fabrication,
d'échafaudage, de fondation, d'étaiement... un travail
aussi de conception, de création, d'invention, d'inspiration,
d'organisation, de mise en formes.... Nous fabriquons notre maison
comme l'animal construit son nid, son terrier, sa coquille, son
cocon, sa tanière... comme un débordement de vie...
Chaque jour à
nouveau se pose la question de la vie, comment faire de la vie
une œuvre d'art ?
Comment d'une part se libérer de ses certitudes, construire
le monde en enfant, en artiste ? Comment d'autre part pénétrer
les rythmes de la nature, le cycle des naissances et des morts
toujours renouvelé ?
Si nous avons le sentiment
que la vie nous a été confisquée, que chaque
étape de la vie est contrôlée par les instituions,
la famille, l'Etat, l'hôpital, l'école, la société…
peut-être est-ce parce qu'elle est l'enjeux d'une puissance
telle, que les pouvoirs ont de tout temps eut la volonté
de la dominer, la contrôler, l'assujettir à une aliénation
fondamentale de la raison…
Ce destin humain, conduit par la raison, le "progrès",
nous a véritablement mené au divorce de la nature,
vers l'ignorance de la terre et vers une vie hors sol. Nous sommes
devenus insensibles aux climats, aux ressources et aux richesses
de la vie, pour habiter des mondes climatiser. Nos constructions
connaissent aujourd'hui leurs véritables limites, elles
se retrouvent inadapté à leur site, à leur
sol, à leur climat, elles sont destructrices d'écosystèmes
et surconsomatrices d'énergie, d'eau et de matériaux.
Il ne s'agit pas de remplacer un code par un autre, un mode de
construction standard par un autre, il s'agit plutôt de
s'en libérer, non pas en supprimant ces codes, en levant
les barrières et écartant les interdits, non pas
comme un esclave qui brise ses chaînes, mais comme un enfant.
Libre ne signifiant pas l'absence de limite mais bien une manière
de voir au-delà des limites, avec légèreté
et innocence, étonnement et clairvoyance.
La vie est une exploration permanente, la recherche d'expériences
nouvelles… Nous devons faire du monde une lecture créatrice,
changer de regard, le plonger dans un désir de beauté,
de poésie, de perception, de sensation, de sentiment, d'intuition,
d'amour… Effectuer un profond bouleversement de soi-même,
avant de changer la société.
Il faut dés aujourd'hui inventer, développer, favoriser
l'apparition de nouvelles méthodes de construction porteuses
de différences et de valeurs autres, de grandes promesses
en l'avenir. Il faut donner à la vie cette force et cette
volonté de différence. Cette liberté capable
d'insuffler de nouvelles valeurs, de nouvelles techniques, de
nouveaux outils de conception et de construction véritablement
bons pour la nature, riches et sains pour la vie.
Il s'agit d'inventer des architectures qui donnent envie de vivre,
qui aident à vivre, qui aident à supporter la vie.
Construisons peu, mais bien, créons de belles choses, inventons
de la beauté, insufflons y de la puissance, de l'énergie
avec cette qualité particulière, généreuse
qui donne vie à un bâtiment.
Pour cela, il s'agit toujours de déstabiliser ses certitudes
et d'inventer des formes nouvelles, de permettre à la vie
de renouveler un monde, dans un déploiement permanent de
puissance créatrice, de devenir, de jeux de changement,
de flux d'inventions nouvelles…
En enfant ou en artiste il s'agit de traverser ces zones d'incertitude,
ces moments d'ambiguïté avec l'étonnant discernement,
la vision infiniment claire des lignes de fumée qui construisent
ces mondes fluctuant, d'une lucidité qui traverse ses brouillards
ondoyants et nous les retranscrivent. En artiste, il s'agit non
seulement de maîtriser ce chaos, de contraindre le chaos
à devenir forme, mais de faire de ces formes, de ces constructions,
de ces architectures un art beaucoup plus subtile, presque cosmique
comme la musique ou la danse, de l'élever à la spiritualité
de la nature, à quelque chose de transfigurant, de raffiné,
de fou, de divin.
Chaque jour la nature
nous apprend le caractère éphémère
des êtres et des individus, mais la mort n'est pas le négatif
de la vie, au contraire elle en est la condition, la continuité,
c'est par l'inerte qu'il y a du vivant. Bichat dans ses Recherches
physiologiques sur la vie et la mort définissait la vie
comme "l'ensemble des fonctions qui résistent à
la mort". La nature s'oppose à la mort, à l'entropie,
à la destruction par ses jeux de création, de relation,
de symbiose et de concurrence entre les individus
Comme un soulèvement de la poussière par le vent,
la vie n'est qu'un moment de concentration, de développement
et d'enveloppement, une onde, une vibration, une respiration et
un souffle… Si la vie est fuite aérienne, un double
enroulement/déploiement des forces de la terre, l'emprunt
et le déversement de sa substance à la terre: seule
la mort permet la vie. Seul l'enveloppement d'un monde rend possible
le développement d'un autre monde.
Faire de la vie une œuvre d'art, c'est aussi pénétrer
les cycles de la nature, c'est-à-dire vivre avec ses rythmes
saisonniers, journaliers en nomade, capter la chaleur du soleil
pour l'hivers, savoir s'en protéger en été…
c'est aussi être sensible aux ressources en eau, en air,
réutiliser les matériaux, participer à la
vie, à l'enrichissement d'un territoire, collaborer avec
la nature et avec les hommes, travailler en coopérative,
comprendre que dans ce mouvement continu on participe à
un souffle plus grand, d'une nécessité céleste,
bâtisseur de pont, ce souffle même qui apprend aux
hommes à voler, force les hasards et fait danser les étoiles.
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